Patrick Watson - Dream for dreaming
Prophète des bas quartiers,
Tu écris des vers atrophiés.
La douleur prend ses aises.
Et tu restes là,
En solitude blessée.
La douleur est en toi.
Que faire ? Où aller ?
Tu ne sais plus, tu ne sais pas.
La douleur…
Où es-tu ? Que fais-tu ?
Je ne sais pas, je ne sais plus.
D’un autre homme, si vous le vouliez,
Sur moi, vous pourriez bien vous venger,
Vous pourriez bien me chasser,
Moi qui suis en train de voler,
Si près, trop près,
Moi qui suis en train de tomber
Amoureux de vous.
Il n’y a rien à voler
A l’amour
Sinon le temps d’un bonheur,
Et c’est l’amour qui nous vole,
Qui s’envole
Avec notre cœur.
J’ai perdu au passage
L’image de ton corps,
Mais les courbes de ton visage,
Je m’en souviens encore.
J’ai le mal de l’inconnu,
Disait-il.
Amoureux en exil,
Il s’en fut.
L’écriture et moi,
On s’est envoyé en l’air comme pas deux ;
Mais on s’est dit plus que deux maux.
Mais on sait. Dis plus que deux mots !
Dormir
Dans les bras d’une femme
Assoupie.
Dormir
Dans les draps d’une flamme
Assagie.
Parce que ce soir la lune est à croquer
Parce que la page ne peut rester blanche
Parce que le clair-obscur
Parce que j’écris
Parce que je t’aime
Pourquoi ?
Longtemps, longtemps…
Puis-je oublier ?
Longtemps, longtemps…
Jamais, jamais.
Longtemps, longtemps
Je chanterai…
Longtemps encore ?
Jusqu’à ma mort.
De l’oseille
Du pèze
Des ronds
De la braise
Des sous
Du pognon
De la galette
Du fric
Du blé
De la monnaie
Des pépettes
Du flouze
Des picaillons
Du grisbi
De la fraîche
Des radis
De la mitraille
Des espèces
De l’argent
De l’argent
De l’argent…
Ephéméride,
Ride éphémère,
Jeunesse pommadée,
Vieillesse prématurée,
Bleu soleil navré,
Si terne au seuil de l’été.
La chute inlassable de tes pas,
Echo perturbé en mon cœur.
Et ce tendre rêve, demain, encore,
Ce doux secret, ce jour de fête,
Désirs de l’instant qui seront miens.
Tendre élégie
D’une effigie,
Amour noyé
Dans le passé.
Cet opéra
Qui me laissa ;
Amour figé,
Puis-je oublier ?
Seul un enfant
Porteur du temps
Et que j’entends
Parler un soir,
Hors du miroir,
Hors du mouroir.
Seul un enfant
Et qui attend
l’espoir.
Le soleil est un feu de vin.
Je l’ai bien vu trembler de tout son être :
Son âme cyclopéenne en émoi,
Revêtue d’une cape pourprée,
S’est déversée en des flots d’aurore
Sur les corps vitrifiés.
Au petit matin,
Le givre s’est brisé.
J’ai appris à rêver
En silence.
J’ai appris à aimer
En silence.
J’ai appris à pleurer
En silence.
J’ai appris à mourir
En silence.
Tu ne le sais peut-être pas,
Mais je suis déjà parti.
Jour après jour,
Tu t’éloignes.
Tu ne vois donc pas
Que je t’aime ?
Ce n’était que deux fleurs fanées,
Croisées
Sur le chemin
De mon destin.
Ce n’était que deux cœurs peinés,
Blessés
Par le chagrin
D’un noir matin.
Ce n’était qu’une peur mêlée,
Lassée
Par le pantin
D’un noir instinct.
Ce n’était qu’une heure rêvée,
Passée
Sur le lointain
De tes beaux seins.
J’aime à laisser courir mes pas
Sur les sentiers battus de l’errance ;
La mélancolie marche à côté de moi
En compagnie de la romance.
J’aime à rêver près de toi,
Je te vois, déjà tu danses,
Et moi qui suis dans tes bras,
Je retourne en enfance…